EDITO SPECIAL : Andrey Arshavin ou la petite ballerine venue de l'Est

Arshavin, Ar-sha-vin, A-r-s-h-a-v-i-n...
Depuis des mois, ce nom est sur toutes les lèvres, dans toutes les bouches... Les spécialistes s'extasient, la presse écrite en fait ses choux gras. Futur Ballon d'Or pour les uns, feu de paille pour les autres... Toujours est-il que l'on ne parle plus que de lui. En 3 mois, la petite perle russe est sortie de sa coquille et s'est révélée, au monde entier. A 27 ans, vous me direz il était temps !
Un joli parcours en UEFA et une finale gagnée, des matchs de l'Euro sensationnels, une Super Coupe remportée, voilà la recette, celle qui a fait tombé la planète foot au pied du nouveau tsar.
Gueule d'ange, dribbles incessants, frappe d'une précision chirurgicale, sens du jeu inné, technique parfaite en diable, le blondinet aux yeux d'acier à tout pour plaire et il faut croire que c'est effectivement le cas puisqu'il se retrouve, par exemple, propulsé au 6ème rang du classement du Ballon d'Or, devant les Kaka, Ibrahimovic et consorts.
Mais quel est donc ce petit individu qui du haut de ses 1m72 tient en haleine, depuis maintenant plus de 6 mois, ceux qui suivent le foot en général et les Gooners en particulier ? Déjà cet été, on en parlait tous ; pour finalement le voir rester au Zénit, son club de toujours. Et puis avec le froid, la rigueur de l'hiver et les flocons de neige sont arrivées les rumeurs, de plus en plus insistantes, d'un possible transfert.
Pour remplacer le blessé (et tant regretté) Cesc ? Pour rattraper le coup raté du mercato estival ? Pour faire plaisir aux supporters ? Pour palier au départ de l'été dernier d'Alex Hleb ?
Peu importe, au final, il est là, chez nous, la tunique des Gunners sur les épaules et le n°23 dans le dos. Après un transfert pour le moins épique, où minute après minute les nouvelles se démentissaient et se discréditaient les unes les autres ; où des dizaines de journalistes faisaient le pied de grue devant l'aéroport, l'hôtel du Russe, Colney et je ne sais où encore, quitte à y finir congelés par la tempête qui sévissait à Londres à ce moment là ; où chacun était accroché à Sky Sports, à son ordi ou à son portable, c'est selon ; après des heures de tension, de fausse joie et surtout de franche rigolade parce qu'il faut bien l'avouer c'était quand même ridicule tout ce cirque ; Andrey Arshavin, signe - oui, oui, c'est vraiment vrai cette fois-ci ! - un contrat de 3 ans et demi pour un montant qui s'élèverait aux dernières nouvelles à 16,95 millions de Livres Sterling.

Et le bonhomme, avant même d'avoir effleuré de ses crampons une pelouse de Premier League, a déjà réussi un petit exploit et non des moindres : celui de faire sourire des Gooners qui, depuis quelques mois, voient passer les semaines, toutes presque identiques les unes aux autres, monotones voire même décevantes...
Ahlala, que c'est dur de redescendre sur terre après avoir côtoyer le divin pendant plusieurs semaines la saison passée... Mais il suffit de voir la petite merveille de St Petersbourg dans sa toute première interview, tout timide, tout gêné, faire l'effort de parler Anglais (avec un accent adorable, vous en conviendrez Mesdemoiselles) et tout le monde retrouve, au moins pour un temps, sa bonne humeur. Oui, oui, tout le monde, et même les plus sceptiques, j'en suis certaine.
Bien sûr Arshavin n'est ni Superman, ni Zorro, bien sûr qu'il ne va pas tout changer du jour au lendemain, mais très peu le connaissent vraiment, on lui laisse donc le "bénéfice du doute".
Personne ne peut dire qu'il est mauvais, ce sera certes peut-être un flop mais chacun peut espérer voir un génie de plus sur la pelouse du Grove qui est pourtant déjà bien garnie et se prendre à imaginer des compos de rêve. Allez, ne mentez pas, je suis sûre que les 3/4 d'entres vous ont déjà essayé.
Et qui peut nous le reprocher ? Oui, il ne faut pas s'emballer mais rêver, y croire, se laisser porter par l'euphorie ambiante ne serait-ce que quelques minutes, on a bien le droit, non ?

Arshavin, le joueur, a d'énormes qualités et un talent fou, c'est indéniable et ça ne date pas d'hier ! Non, Arshavin ne joue pas bien au foot depuis seulement une saison, ça fait déjà un moment qu'il a acquis la Russie à sa cause, en témoigne ses titres de meilleur joueur du championnat reçu en 2005 et 2006 et ses deuxièmes places en 2001, 2002 et 2004. Et de toutes façons, on ne devient pas bon à 27 ans par magie...
Le championnat Russe, à l'image du championnat Mexicain, est peu connu, peu médiatisé et abrite pourtant de véritables joyaux qu'il paie très bien - ce qui lui permet de les conserver - et surtout qui demande cher, très cher pour accepter de lâcher un de ses bijoux...ce qui explique peut-être la méconnaissance, à tort sans doute, du football russe et de ses gosses.
Et puis, il n'y a pas à dire, Arshavin, esthétiquement parlant, c'est beau à voir jouer. C'est vrai qu'à la limite ce n'est pas important et qu'il vaudrait peut-être mieux avoir un gros bourrin plutôt qu'une petite ballerine pour nous qualifier en Champions League mais c'est tellement plus agréable quand le foot est pratiqué par des gens qui savent y jouer, vraiment... La classe, ça ne s'apprend pas, peu de joueurs en sont dotés et c'est elle qui fait la différence entre un bon et un grand joueur.
A n'en pas douter, Arshavin a les capacités pour faire partie de la deuxième catégorie, celle à qui appartiennent ceux qui peuvent faire rêver les supporters, ceux qui sont capables de les faire bondir de leur siège, ceux qui arrivent à les faire pleurer... et c'est tout le mal que l'on espère pour le petit Russe !
De tels joueurs, ça ne court pas les rues et il vaut mieux l'avoir chez soi que l'observer jouer chez ceux d'en face.

Arshavin, le personnage... Tout en contraste...
D'un côté on a celui que l'on dit arrogant, capricieux et exigeant que certains traitent même de mercenaire à cause de déclarations faites lors de cet été : "J'ai toujours rêver de jouer à Arsenal", "C'est le Barça ou rien", "Tottenham est fait pour moi"...Reste à voir si tout cela est vrai.
Il en va de même pour ces exigences salariales lors du transfert... Le Zénith a expliqué que tout était fait entre les 2 clubs et que seul coinçait l'argent réclamé par le joueur, ce qui n'a pas manqué de créer la polémique... Or, récemment, s'est exprimé un des agents qui s'est occupé du transfert : "C'était l'une des négociations les plus difficiles de ma carrière. Il a été très compliqué de parler aux différents propriétaires du Zénith, l'un est en Somalie, l'autre a l'hôpital en Israël. Le Zénith a tout fait pour que le deal ne se fasse pas". De plus, il a ajouté que juste avant la fermeture du mercato, Andrey désespérait : "Je ne vais jamais y arriver, ils ne veulent pas que je parte, c'est foutu".
Alors qui mène qui en bateau ? Le Zénith a-t-il voulu "se venger" de la fuite de son petit protégé ? C'est fort probable et puis la presse a été là pour y mettre son petit (gros ?) grain de sel. D'un autre côté, on a un type que l'on présente comme altruiste, respectueux, jouant avec une envie terrible, fidèle à son club formateur alors qu'il aurait pu en partir depuis bien longtemps pour acquérir la notoriété qu'il mérite...
Alors Arshavin : Dr Jekyll ou de Mr Hyde ? Les mois à venir nous en apprendront sans doute un peu plus...Mais au jour d'aujourd'hui, il a quand même l'air soulagé et heureux d'être chez nous, car c'est, pour sûr, un grand pas dans sa carrière... Alors avant de le juger, wait and see comme on dit ici...
En attendant, il ne nous reste plus qu'à lui souhaiter de faire parler la poudre...pour notre plus grand bonheur.
Ecrit par Sarah, (Miss Fabregas sur le forum), le 8 Février 2009